Maître Chocard

                                                                                                                                                                  Je vous montre aujourdhui un document tout à fait exceptionnel, puisquil sagit de la photo de mon Maître en train de prodiguer son enseignement. Vous allez me dire que c’est juste un Chocard à bec jaune. Oui, cest vrai, mais cest quand même mon Maître, et vous allez savoir pourquoi. Je ne vous en avais pas parlé auparavant, mais maintenant cest différent car vous savez que je suis quelqu’un de sérieux.

Donc mon Maître m’enseigne, et cela par lexemple.  A ce moment là il était en train de me dire : 

– Tu vois,  je saisis ce morceau de pomme ? 

– (moi) Oui, Maître ?

-Que se passera-t-il si je le porte au bec ?

– Vous allez tomber. Maître.

– Voilà pourquoi, vous, les humains, avez développé la bipédie et libéré votre main.

Voilà pourquoi on a dit que ce qui fait l‘homme dabord, c’est la station debout qui caractérise les Autralopithèques. Cela a permis ensuite l’apparition de Homo Habilis, qui grâce à sa main et au développement de son cerveau a été ce fabriquant d’outils…

C’est ainsi que mon Maître m’enseigne. Il m’explique que lui, ses mains, ce sont ses ailes. Il est très savant, il me parle de Lucie et de tas de choses, mais j’ai pris un petit carnet pour prendre des notes.

Bon, d’accord, des fois il se prend pour Zarathoustra sous prétexte que lui aussi enseigne au sommet d’une montagne. Mais bon… En tous les cas, si vous voyez quelqu’un sur la montagne en train de parler avec un chocard à bec jaune, ne pensez pas que c’est un fou : c’est moi avec mon Maître.


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Epouillage

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XXXIII. Ronsard c’est beau… Rien à dire d’autre : c’est beau !

Mais je continue mon livre américain sur Ronsard qui, là, fait un choix des plus classiques, ce qui nous offre le bonheur de retrouver ces merveilleux poèmes qui ont bercé notre enfance.

Mignonne, allons voir si la rose

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre De Ronsard

Odes, livre premier, XV11 

Ou encore :

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,

En sa belle jeunesse, en sa première fleur,

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose;

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,

Embaumant les jardins et les arbres d’odeur;

Mais battue, ou de pluie, ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,

La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,

Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Pierre de Ronsard, Amours, 1560.

Bon, je vous fais grâce de :

Quand vous serez bien vieille, le soir au coin du feu (…)

Que tout le monde connaît aussi.

Que dire encore de lui, beaucoup d’oeuvres de notre poète semble quand même décalquées sur celle de Pétrarque… Je cherche  ce qui pourrait être son apport personnel dans le domaine des idées… Je cherche.

Je ne  trouve pas… Mais c’est beau.

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XXXII. Maurice Scève et Pernette du Guillet… Un amour vraiment partagé ?

Depuis que j’ai entamé la poésie de Maurice Scève dans mon World Poetry, j’ai eu comme un blocage… Je dirai d’incompréhension. Là, oui, je ne comprends vraiment plus leurs choix de poésies !

Pour moi, il me semble, que Maurice Scève est inséparable de sa Délie…  Encore un champion de l’amour à distance… Mais il avait des Maîtres en la matière. 

                 DELIE

OBJECT DE PLUS HAULTE VERTU

A SA DELIE

Non de Venus les ardente estincelles,

Et moins les traictz, desquelz Cupido tire :

Mais bien les mortz, qu’en moy tu renovelles

Je t’ay voulu en cest Œuvre descrire.

Je sçay asses, que tu y pourras lire

Mainte erreur, mesme en si durs Epygrammes :

Amour — pourtant — les me voyant escrire

En ta faveur, -les passa par ses flammes.

Et donc après avoir présenté sa Délie, j’aurai cité quelques beaux morceaux de ce perfectionniste, tel celui-ci :

                     CXLI

Comme des raiz du Soleil gracieux

Se paissent fleurs durant la Primevère,

Je me recrée aux rayons de ses yeulx,

Et loing, et près autour d’eulx persévère.

Si que le Cœur, qui en moy la révère,

La me fait veoir en celle mesme essence,

Que feroit l’Œil par sa belle présence,

Que tant je honnore, et que tant je poursuys :

Parquoy de rien ne me nuyt son absence,

Veu qu’en tous lieux, maulgré moy, je la suys.

Mais du coup je relis tout ce qu’ils ont imprimé sur Dante et Pétrarque, là aussi ils ne parlent ni de Béatrice, ni de Laure… Comprenne qui pourra !

Pourtant, à mon sens, nous nous trouvons là dans une configuration exceptionnelle. Et pour tout dire, même, extraordinaire. Je m’explique. Ici il y a un poète, en Maurice Scève, qui aime une jeune femme, Pernette du Guillet, qu’il nomme sa “Délie”. A la semblance de Dante, et de Pétrarque, il compose sa poésie tout autour de cet amour, alors que “sa Dame de Pus Haute Vertue” est à la fois proche, il la voit, il lui parle… et éloignée. En effet très vite elle est mariée à Monsieur Du Guillet.

J’ai dit qu’il y avait là une configuration exceptionnelle. En effet, ce qu’il y a de particulier, c’est que Pernette aussi fait de la poésie, qu’elle aussi lui dit qu’elle l’aime… mais lui dit aussi qu’elle se doit d’être fidèle à son mari. Voilà, par exemple, ce que dit Pernette à Maurice :

Et si voulez savoir, Ô Amoureux

Comment il est en ses amours heureux

C’est que de moi tant bien il se contente

Qu’il n’en vouldroit  esperer aultre attente

Que celle là qui ne finit jamais

CLXI  

Oui, c’est vraiment un moment particulier… Imaginons Béatrice composant de la poésie et répondant à Dante pour lui dire son amour… Imaginons de même Laure envers Pétrarque… Pour ces deux auteurs, cela  ne pouvait  être qu’un songe. 

Mais, pour en revenir à Pernette, si elle semble avec notre poète ne vouloir qu’un amour “spirituel”, “platonique” peut-être n’en est-il pas de même du côté de Maurice Scève qui nous produit un grand morceau de “jalousie physique, sexuelle” qui, soyons juste, est cité dans mon World Poétry. 

Seul avec moy, elle avec sa partie :

Moy en ma peine, elle en sa molle couche.

Couvert d’ennuy je me voultre en l’Ortie,

Et elle nue entre ses bras se couche.

Hà — luy indigne — il la tient, il la touche

Elle le souffre : et, comme moins robuste,

Viole amour par ce lyen injuste

Que droift humain, et non divin, a fait.

O saincte loy à tous, fors à moy, juste,

Tu me punys pour elle avoir meffaict

Il me semble que c’est un grand moment d’échange poétique, un grand moment d’échange de pensées d’amour, de dires d’amour. Mais l’amour peut-il se dire vraiment ? En tous cas, c’est ce qu’on peut croire et espérer ici.

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XXXI. Pétrarque sans sa Laure ?

Encore un autre grand amoureux, je veux parler de Pétrarque. Si Dante a sa Béatrice, Pétrarque a, lui, sa Laure pour laquelle il composera tant de poèmes de son Canzonière. Et de suite mon étonnement est grand de ne trouver aucun poème cité  dans World poetry se rapportant à “Laure” (pour dire la vérité, je n’ai pas retrouvé de quel poème il s’agissait). 

D’abord, pour ce que j’en sais, Pétrarque est vraiment parmi les plus grands poètes.   C’est peu dire qu’après lui toute l’Europe a “pétrarquisée”. Oui, son influence a été énorme, et, selon moi, sa valeur a été reconnu à juste titre. Quand on connaît bien Pétrarque, Ronsard est parfois difficile à lire à cause d’un sentiment de “décalque”. Mais ce n’est pas le seul… Que se soit chez Shakespeare, ou dans les Madrigaux de Monteverdi et de tant d’autres, on sent son influence… 

C’est vrai qu’il a fait de belles choses, parfois on peut dire du “joli”. Je crois qu’il a bien su exprimer les sentiments, que ce soit les sentiments amoureux, les sentiments de la solitude, de la contemplation du monde, exprimés dans ses sonnets qu’il a ainsi popularisés.

Envers Laure :

Erano i capei d’oro a L’aura sparsi,                   Les cheveux d”or étaient à           

                                                                                              L’aure épars

che ‘n mille doici nodi gli avolgea;,                   qui en mille doux nœuds les

                                                                                            emmêlait;

e ‘l vago lume oitra misura ardea                      le charmant feu brûlait outre

                                                                                            mesure                           

di quei begli occhi, ch’or ne son si scarsi;       de ces beaux yeux qui en sont si

                                                                                            privés

e’l viso di pietosi color farsi,                          et son visage de pitié s’empreindre,

non so se vero o falso, mi parea                     vrai ou faux, je ne sais, me

                                                                                      semblait;

i’ che l’ésca amorosa al petto avea,              moi qui avais au cœur la mèche

                                                                                       de l’amour,

quai meraviglia se di subito arsi ?                quel prodige du coup que j’aie

                                                                                       brûlé ?

Non era l’andar suo cosa mortale,               Son allure n’était chose mortelle,

ma d’angelica forma; e le parole                   mais d’angélique forme, et ses

                                                                                      paroles

sonavan altro che pur voce umana :            sonnaient bien autrement que

                                                                                       pure voix humaine

uno spirto celeste, un vivo sole                    C’est un esprit céleste, un vif soleil

fu quel ch’i’ vidi; e se non fosse or tale,       que je vis, et si or n’était plus telle,

piaga per allentar d’arco non sana.             débander l’arc ne guérit pas la  

                                                                                       plaie.

Benedetto sia ‘ giorno, e i mese, e l’anno,         Que béni soit le jour et le mois

                                                                                           et l’année,

e la stagione, e ‘l tempo, e l’ora, e ‘ punto,        la saison et le temps, l’heure et

                                                                                            l’instant,

e ‘l bel paese, e ! loco ov’io fui giunto               le beau pays, le lieu où fus

                                                                                         atteint

da’ duo begli occhi, che legato m’hanno;          par deux beaux yeux qui m’ont

                                                                                             tout enchaîné;

e benedetto il primo dolce affanno                     et béni soit le premier doux

                                                                                           tourment

ch’i’ ebbi ad esser con Amor congiunto,            que j’eus étant à l’Amour

                                                                                           attaché,

e l’arco, e le saette ond’i’ fui punto,                     l’arc et les traits dont je fus

                                                                                            transpercé,

e le piaghe che ‘n fin al cor mi vanno.                et les plaies qui me vont jusque        

                                                                                             au cœur.

Benedette le voci tante ch’io                               Bénis les mots en grand nombre

                                                                                         que je,

chiamando il nome di mia donna ho sparte,     clamant le nom de ma Dame,

                                                                                                épandis,

e i sospiri, e le lagrime, e ‘l desio;                     et les soupirs, les larmes, les

                                                                                           désirs;

e benedette sian tutte le carte                            et bénies soient toutes les

                                                                                         écritures

ov^o fama l’acquisto, e ‘l pensier mio,             où renom lui acquiert, et ma

                                                                                          pensée

ch’è sol di lei, si ch’altra non v’ha parte.           seulement sienne et dont autre

                                                                                           n’a part

Solo e pensoso i più deserti campi                    Seul et pensif les champs les plus

                                                                                           déserts

vo mesurando a passi tardi e lenti,                    vais arpentant à pas tardifs et

                                                                                             lents 

e gli occhi porto per fuggire intenti                    et je porte mes yeux, pour

                                                                                              m’enfuir, attentifs,

ove vestigio uman l’arena stampi.                      partout où trace humaine en

                                                                                             l’arène s’imprime.

Altro schermo non trovo che mi scampi            Nul autre écran ne trouve qui

                                                                                               me masque

dal manifesto accorger de le genti;                    à la vue manifeste de la foule,

perché ne gli atti d’allegrezza spenti                  car à mon air où la joie est

                                                                                             éteinte

di fuor si legge com’io dentro avampi :              dehors on lit comme dedans je

                                                                                              brûle;

si ch’io mi credo ornai che monti e piagge         ainsi crois désormais que

                                                                                                monts et plaines

e fiumi e selve sappian di che tempre                 et fleuves et forêts savent de

                                                                                              quelle trempe

sia la mia vita, ch’è celata altrui.                          est ma vie que je tiens celée

                                                                                                aux autres.

Ma pur si aspre vie né si selvagge                      Mais si âpres sentiers ni si

                                                                                            sauvages

cercar non so ch’Amor non venga sempre         je ne sais parcourir qu’Amour

                                                                                               ne soit toujours

ragionando con meco, et io con lui.                    discourant avec moi, moi avec

                                                                                             lui.

Si , comme chez Dante, la Dame est un amour lointain et idéalisé, qui de même que Béatrice, meurt jeune, Pétrarque en restera toujours éloigné, et il n’aura pas cette “chance” de la rejoindre au Paradis.  Mais c’est cette distance qui lui permet, à l’infini, d’exposer les sentiments amoureux. Et de permettre à toute son oeuvre d’être imprégnée de cette incomparable Mélancolie qu’il a su si bien chanter. En tant que religieux, il se reproche (ou fait semblant de) cette Mélancolie, cette “acédie” comme on disait alors, qui pourtant est promise à un bel avenir puisque, de manière cyclique, elle va imprégné tout l’Occident. De la Mélancolie de Hamlet au Spleen de Baudelaire, elle est un trait fondamental de notre culture.

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XXX. Quel Paradis ?

Je vais suivre l’utilisation  des oiseaux dans la rhétorique de Dante. Prenons un premier exemple :

 

« Comme quand se pose la colombe  

auprès de sa compagne, et qu’elles se montrent,

tournant et murmurant, leur affection,

ainsi je vis accueillis l’un par l’autre

les deux grands princes glorieux,

louant le mets qui les nourrit là-haut”

 

C’est Saint Jacques et Saint Pierre qui se rencontre, et qui sont nourris par la nourriture divine. Saint Jacques et Saint Pierre “se montrent, tournant et murmurant, leur affection”. Nos saints se comportent comme des oiseaux….

 

“Comme l’oiseau, sous le feuillage aimé,

posé sur le nid de ses doux rejetons,

pendant la nuit qui nous cache les choses

qui, pour voir leurs formes désirées,

et trouver l’aliment dont il les nourrira,

avec un dur labeur qui lui est plaisant,

devance le temps sur une haute branche:

et attend le soleil avec amour,

guettant fixement la naissance de l’aube,

ainsi ma dame se tenait dressée “     

 

Mais au Paradis tout le monde est un peu oiseau : autre exemple, c’est Dante qui parle de Béatrice et de lui :

 

“Et la pieuse amie qui dans un vol si haut

avait guidé les plumes de mes ailes

devança ainsi ma réponse :”

 

Il semble bien qu’au Paradis tous aient des plumes, semblables en cela aux oiseaux…. Mais voyons encore :

 

“Ainsi que des oiseaux surgis d’ une rivière,

comme pour s’applaudir de leur pâture,

se rangent tantôt en rond, tantôt en files,

 

ainsi dans les lumières de saintes créatures

chantaient en voletant, et devenaient

tantôt D, tantôt I, tantôt L, dans leurs figures.”

 

Oui, on comprend bien, et je le redis, les Saints du Paradis se comportent comme des oiseaux…. Et, ils sont aussi, un peu oiseaux.

 

Mais quel type d’oiseaux ?

 

 

 

“E come, per lo natural costume, 

e pôle insieme, al cominciar del giorno,

si movono a scaldar le fredde piume;

poi altre vanno via sanza ritorno,

altre rivolgon se onde son mosse,

e altre roteando fan soggiorno;

tal modo parve me che quivi fosse in quelle sfavillar che ‘nsieme venne,

si come in certo grado si percosse. ;

E quel che presso più ci si ritenne,

si fé si chiaro, ch’io dicea pensando :”

 

“Et comme les corneilles, par instinct naturel,

s’ébrouent ensemble au lever du jour

pour réchauffer leurs plumes froides,

puis les unes s’en vont sans retour,

d’autres reviennent d’où elles sont parties,

et d’autres, tournoyant, demeurent;

il me sembla que là il en allait de même,

dans ce scintillement venu tout ensemble,

lorsqu’un certain degré-fût touche.

Le feu qui s’arrêta le plus près de nous

devint si clair que je dis en pensée :”

 

Je sais pas si vous êtes comme moi, mais là, j’éprouve un grand désarroi, je ne trouve pas la traduction qui corresponde à “corneille” en italien. J’ai beau faire… rien à faire. J’appelle Florian, mon neveu à mon secours, et voilà ce qu’il m’indique (extrait).

“Tu es tombé sur l’un des termes les plus problématiques de la Divine Comédie. Le mot que Dante utilise « pole » désignait peut-être les corneilles au XIIIe siècle mais au XXe, le mot le plus proche en Italien c’est « pollo » soit le poulet. En italien moderne, la corneille est « la cornachia ». Ce qui ne règle pas le problème : les « pole » médiévales sont sans doute déjà des poules.”

 

“(…)je suis de plus en plus convaincu que Dante est capable de tout, y compris de comparer le Paradis à un poulailler.”

 

Mais oui, pour moi aussi c’est bien clair, le Paradis dans le ciel est un vaste poulailler, le seul vrai Paradis se trouve dans les yeux de Béatrice comme toute la Divine Comédie le proclame. Encore une autre citation:

 

“Lorsque contre la vie présente

des pauvres mortels m’eut ouvert le vrai

celle qui emparadise mon âme,”

 

“Celle”, Béatrice, bien sûr ! Lors là Dante est au Paradis, normalement le vrai Paradis, mais il reste que, même là, dans ce lieu suprême, c’est Béatrice qui “emparadise” son âme….

 

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XXIX. Le vrai Paradis de Dante ?.

Dante tout au long de son périple parsème son récit d’annotations qui nous font pleinement comprendre le sens réel de son paradis. Suivons le dans son cheminement .

 Béatrice mi guardô con li occhi

pieni di faville d’amor cosi divini,

che, vinta, mia virtute die le reni,

e quasi mi perdei con li occhi chini.

 

Béatrice me regarda, les yeux emplis

d’étincelles d’amour si divines

que, défaites, mes forces cédèrent,

et je fus comme perdu, les yeux baissés.

Certains on signalé qu’il y avait tout un jeu de regard amoureux voire érotique… Mais s’agit-il seulement de cela ?

En tous les cas Béatrice enchaîne, après que Dante eut baissé les yeux :

« S’io ti fiammeggio nel caido d’amore

di là dal modo che ‘n terra si vede,

si che del viso tuo vinco il valore,

non ti maravigliar, che ciô procède

da perfetto veder, che, corne apprende,

cosi nel bene appreso move il piede.

lo veggio ben si corne già resplende

ne rintelletto tuo l’etterna luce,

che, vista, sola e sempre amore accende;

 

« Si pour toi je brille dans la flamme d’amour

hors de la mesure de ce qu’on voit sur terre,

si bien que je défais la force de tes yeux,

ne t’émerveille pas, car cela procède

d’une vision parfaite, qui, dès qu’elle apprend,

dans le bien appris met aussitôt ses pas.

 

Je vois comme déjà resplendit

dans ton esprit la lumière éternelle

qui, sitôt vue, seule et toujours allume l’amour;

 

J’ai dit précédemment que le Paradis était un spectacle fabuleux, et au milieu d’un de ces étonnants spectacle, que fait Dante ?

 

D’abord le spectacle :

vid’ i’ sopra migliaia di lucerne

un sol che tutte quante l’accendea,

come fa ‘l nostro le viste superne;

 

 

je vis au-dessus de milliers de flambeaux,

un soleil qui les embrassait tous,

comme le nôtre allume les étoiles d’en haut ;

 

Ensuite l’attitude de Dante selon Béatrice :

« Perché la faccia mia si t’ innamora,

che tu non ti rivolgi al bel giardino

che sotto i raggi di Cristo s’infiora?

Quivi è la rosa in che ‘l verbo divino

carne si fece; quivi son li gigli

al cui odor si prese il buon cammino. »

 

« Pourquoi mon visage te charme-t-il si fort

que tu ne regardes pas le beau jardin        

qui s’épanouit sous les rayons du Christ?

Là est-la rose où le verbe divin

est devenu chair ; là sont les lis

dont le parfum montra le bon chemin. »

 

Maintenant, on commence bien à comprendre. Ce qui intéresse surtout Dante, c’est Béatrice, ce sont ces yeux, ici son visage, maintenant que Dante est, après avoir subi des épreuves, capable de voir sa “surbeauté”. Au passage je comprends pourquoi les Anglais on traduit les fleurs de Paradis par “Rose” et “Lis”, puisqu’ici la Rose, est la Vierge Marie, et les Lis, ce sont les apôtres.

 

 

Tanto poss’ io di quel punto ridire,

che, rimirando lei, lo mio affetto

libero fu da ogne altro disire,

fin che ‘l piacere etterno, che diretto

raggiava m Béatrice, dal bel viso

mi contentava col seconde aspetto.

 

Vincendo me col lume d’un sorriso,

ella mi disse : « Volgiti e ascolta;

che non pur ne’ miei occhi è paradiso. »

 

 

De cet instant je peux seulement redire,

que, la regardant, mon affection 

fut libérée de tout autre désir,

tant que le plaisir éternel, qui rayonnait

directement en Béatrice, me contentait

par le reflet venu du beau visage.

 

En me vainquant par la lumière d’un sourire,

elle me dit : « Tourne-toi et écoute ;

le paradis n’est pas tout dans mes yeux. »

 

Voilà, ici tout est dit. Pour Dante, et c’est bien ce que je crois, le Paradis est tout entier dans les yeux de Béatrice. Toute son aventure de l’Enfer, du Purgatoire et sa montée au Paradis, c’est bien pour retrouver son Paradis à lui, qui réside tout entier dans Béatrice, dans les yeux de Béatrice. Cette oeuvre, il l’a recherché toute sa vie puisque ce projet est déjà indiqué dans la Vita Nova qui date des années 1280    alors que la rédaction de La Divine Comédie démarre  l’année 1316. Mais que dit, déjà, le texte de la Vita Nova :

Et passant dans une rue, elle tourna les yeux du côté où j’étais, moulteffrayé; et par son ineffable courtoisie, qui est aujourd’hui guerdonnée dans le grand siècle d’en haut, elle me salua d’une si merveilleuse vertu que je crus alors voir le dernier terme de la béatitude.

 

On comprends, à partir de là, la place éminente qu’a prise Béatrice, puisque l’amour, semblable à l’amour du Paradis, était tout entier dans ses yeux.

 

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